Nous vous avions promis qu’on en saurait bientôt davantage sur ce drôle d’olibrius. «Bordeaux. Ce public est le meilleur de France. Des filles sexy du premier rang lèchent le micro pendant le premier morceau», déclarait Chilly Gonzales aux Inrockuptibles du 21 Novembre 2000. Sur place, François, Gilles et Damien étaient là pour recueillir les impressions du jewish supervillain au sortir de ce concert qui les aura apparemment tant marqués, eux comme lui.

Comment as-tu inventé le personnage de jewish supervillain?
Gonzales: Tout ce que j’avais à faire, c‘était de regarder au fond, de chercher en moi ce qui me rendait le plus attirant pour les magazines. Je pensais que c’était une bonne façon de faire, surtout vivant à Berlin.
Qui étais-tu avant de sortir des disques sur Kitty-yo ?
Je m’appelais Jason Beck, je vivais au Canada et j’étais étudiant en musique. Je passais tout mon temps concentré sur la musique. Je ne croyais pas à l’entertainment. Je pensais que les gens venaient et écoutaient et qu’ils pouvaient fermer les yeux s’ils voulaient. Et quand j’ai traversé l’océan pour venir en Europe, je suis allé dans le sens contraire de toute cette vision ; La musique était terminée pour moi, c’était fini pour moi : j’étais un maître en musique, et c’est pourquoi j’ai décidé de devenir Chilly Gonzales.

Comment as-tu rencontré tes collaborateurs ?
Il y a des gens de la scène underground de Toronto au Canada où j’ai rencontré Peaches, Mocky, Tellus Avi qui sont mes collaborateurs les plus libres. Je pense qu’il y a une grande similarité entre le Canada et l’Allemagne, je trouve que le sens de l’humour est le même. D’une certaine manière l’essence de l’underground , c’est à dire faire de la musique, créer, tout en ayant ses ongles sales. Et c’est un super endroit où aller pour moi parce que j’ai vraiment les ongles sales.
Quels sont les groupes qui t’ont vraiment influencé ces dernières années?
Je ne suis pas vraiment influencé par des groupes, sauf par les gens que je connais personnellement. Donc je suis surtout influencé par les gens que je connais directement. Je ne pense pas que le disque de quelqu’un, même s’il est très bien et que je l’aime, soit une sorte d’influence pour moi.
Pourquoi as-tu choisi de t’installer à Berlin?
Comme j’ai dit, c’était l’endroit parfait pour être un jewish supervillain.

Penses-tu poursuivre dans la lignée hip-hop de ton nouvel album ou y a-t-il d’autres styles musicaux que tu envisages d’explorer?
Je ne suis pas vraiment influencé par le hip-hop, je ne connais pas vraiment de rappeurs. Et je ne peux être influencé que par des gens qu’il m’est possible de connaître. Et je considère que mon influence dans le rap, qui n’est qu’une manière de chanter en fait, remonte aux comédies musicales de Broadway, comme Gilbert & Sullivan lorsqu’ils parlaient très très vite avec des rimes très compliquées et humoristiques. Donc je ne suis pas dans le hip-hop, je rappe mais je suis pas un rappeur.
Ton nouvel album ressemble davantage à ce que tu fais sur scène que Uber alles. Est-ce parce que tu as voulu rendre l’ambiance qui règne pendant tes shows?
Oui.

Où et comment ton dernier album a-t-il été composé et enregistré?
The Entertainist a été entièrement enregistré à berlin. Uber Alles l’a été au Canada avant que je parte. C’était une sorte de dernier témoignage en tant que génie musical. Et quand Uber Alles est sorti je suis devenu un professionnel dans le fait de parler de moi; toutes ces interview et ma musique reflète cela. Ma musique, c’est moi parlant de moi.

En t’écoutant rapper, on pense parfois à des rappeurs comme Ol’Dirty Bastard ou même Cypress Hill. Quels sont les aspects que tu aimes dans le hip-hop?
J’aime les personnages. ODB est un sacré personnage. Et Cypress Hill aussi. Ils sont tous bons.
Y en a-il d’autres que tu aimes?
Oui, Paul PM qui est sur mon dernier album est vraiment un super rappeur. Il est la combinaison d’un vieux sage de 300 ans et d’un bébé de 3 ans.
Ton show et tes paroles rappellent beaucoup l’attitude sex drugs & rock’n’roll du punk- rock. Au fond ne serais-tu pas un fan de punk-rock, et toi-même un authentique punk-rocker?
Le punk-rock  n’est pas de la merde pour moi.
Peaches: Il est le Gringo star…

Quelles place les droguent occupent-elles dans ta vie? (rires dans l’assemblée...)
Gonzales: Je ne crois pas aux drogues. Je fume juste beaucoup de beuh .
Peaches chantant: Smoke weed every day !
Gonzales:… beaucoup, tout le temps. Mais à par ça, je ne crois pas dans le pouvoir des drogues.
Peaches: Mais c’est pas toi qui a demandé de la coke il y a une demi-heure ?
Gonzales:
A Benicassim,  il y avait pendant ton show des projections de film de partouzes des années 50. Pourquoi parles-tu autant de sexe?
Gonzales: J’ai vu un peu de ces films, mais ceux-là n’étaient pas à moi ; croyez le ou pas ils étaient d’un autre VJ. Mais comme tu le disais, ça forme la tendance sex, drugs & rock’n’roll. Et j’essaye juste de délivrer de l’entertainment dans toute la France, la France sûr. J’ai beaucoup appris de Peaches et de ce respect.

Quelles sont tes prédictions pour l’année 2001?
Une sortie d’une version de la fin des 80’s avec Guesh Pattie…(rire général...). Non, c’est pas une blague. Je suis en train d’y travailler. C’est un mélange entre des arrangements de Switch Tone Bok, comme Wendie Carlors et un nouvel emprunt pris sur la fin des 80’s et je vais rapper en français au milieu de tout ça. On va l’enregistrer courant 2001 et je sortirait un single avec elle. Sinon je serai sur une chanson rap encore, mais ce sera la dernière fois pour 2001 et ensuite je ne rapperai plus jamais de ma vie. Pour 2001 je chanterai de la soul. (il chante) Oh Yeah ! You're gonna see a new side of Chilly Gonzales!
Maintenant tu es le “Soul supervillain”…
2001, c’est la soul, mec ! (il rechante...) You’d better believe it !

Je me demande pourquoi tu aimes tant les poils de ta poitrine…
J’en suis très fier, tu sais. Et puis les filles adorent ça. C’est proche du diamant. Et en grandissant j’ai été vraiment hypnotisé par ça, et j’espère avoir développé des super pouvoirs. Chaque jour j’étais reconnaissant de voir ces poils apparaître sur ma poitrine. C’était comme un nouveau signe de confiance. C’était génial, je les adore, vraiment.

Comment as-tu trouvé le public ce soir (Zoobizarre, Bordeaux, ndlr)?
Excellent. En fait, en France, c’est le meilleur public qu’on ait eu. On a joué à Paris, souvent. Et puis au Batofar : Je n’ai pas vraiment aimé cet endroit parce que Mocky, qui était avec nous sur les autres concerts, a dû aller vomir après le concert parce que le bateau était sur l’eau. Donc ce n’était pas un endroit génial. Puis j’ai joué à Strasbourg, à la route du Rock, etc… Mais c’était ici le mieux.
 

Interview François, Gilles et Damien
Bordeaux, Zoobizarre, 05.11.00